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Atelier Mémoire & Journalisme à Marseille

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Muni de micros et caméras, un groupe du Club Jeunes de l’ESC s’est intéressé à l’histoire coloniale de Marseille.

Travailler sur la transmission de l’histoire de l’esclavage et de la traite négrière remplit plusieurs objectifs. C’est tout d’abord un immense levier pédagogique pour lutter contre le racisme et toutes formes de discrimination qui perdurent à notre époque. C’est aussi rappeler haut et fort que nous avons une histoire commune et que nos cultures plurielles ne viennent pas de nulle part…

Après une soirée de sensibilisation et de croisement des connaissances sur le sujet animée par Florian Dacheux le 16 octobre, un groupe du Club Jeunes de l’ESC est parti en reportage deux jours consécutifs à Marseille les 28 et 29 octobre.

Encadrement : Florian Dacheux (chargé de mission et coordinateur gazette Plume), Inès Fethallah (service civique communication), et Julien Ferrant (responsable du Club Jeunes de l’ESC).

JOUR 1 : visite de Radio Grenouille, escapade sur l’île du Frioul et rencontre en librairie

Tout a débuté par une visite de Radio Grenouille. Située à la Friche Belle de Mai, tiers-lieu culturel bien connue de la cité phocéenne, cette radio associative, née au début des années 80, décline une programmation qui tente de faire dialoguer les cultures émergentes et les grandes figures, les scènes locales et les sons venus d’ailleurs… Accueilli par Marie Picard, directrice de la radio, le groupe a pu s’immerger au coeur du studio d’enregistrement, la régie ainsi que la rédaction pour comprendre davantage le fonctionnement interne, la ligne éditoriale ou encore le modèle économique.

L’après-midi, direction le Château d’If pour une visite guidée, sur les traces de l’auteur Alexandre Dumas. Bâtie sous François Ier pour protéger la rade, la forteresse a servi de prison officielle pendant près de 400 ans. Le Château d’If et Alexandre Dumas sont indissociables dans l’histoire de la littérature mondiale, grâce au célèbre roman de l’écrivain, Le Comte de Monte-Cristo (publié en 1844). Petit-fils d’une femme noire réduite en esclavage à Saint-Domingue, Alexandre Dumas a été l’un des rares grands auteurs français du XIXe siècle à mettre en scène ces thématiques. Pourtant, dans le film L’Autre Dumas (2010), Dumas est joué par… Depardieu. A l’époque, de nombreuses voix, dont des personnalités comme Sonia Rolland, ont pointé du doigt un cas de « whitewashing » (confier le rôle d’une figure historique non blanche à un acteur blanc).

Malheureusement, pour cause de conditions météo défavorables (houle importante), nous n’avons pas pu embarquer depuis le Vieux-Port à bord de la compagnie maritime. Seule l’Ile du Frioul, qui dispose d’un port, était accessible. Nous nous y sommes rendus. Un reportage façon « rando-photo » a été réalisée à la place.

De retour au Vieux-Port en fin d’après-midi, nous avons ensuite remonté à pieds la Canebière pour rejoindre la Librairie Maupetit qui accueillait une rencontre avec les éditions Multikulti. L’occasion de découvrir l’œuvre de Marc Chebsun, qui vient de publier Not a Love Song, un roman furieusement actuel qui raconte une jeunesse en Seine-Saint-Denis de 1976 à 2001, face à une France rongée par le racisme et la montée du FN. Objectif pour le groupe : faire le lien entre les racines du racisme (le Code Noir de 1685 et la traite négrière ont institutionnalisé la hiérarchie des races et la déshumanisation des populations noires…) et les mécanismes discriminants de notre époque.

Marseille Coloniale avec Mariam Benbakkar et Exposition « Méditerranées » au Mucem

Le lendemain matin, nous avions rendez-vous avec Mariam Benbakkar, co-fondatrice de Filles de Blédards, collaboratrice de la chaîne Histoires Crépues et à l’initiative de la page Instagram Marseille Coloniale qui relaie ses visites guidées sur l’histoire coloniale de la ville de Marseille (en partenariat avec le Bureau des guides du GR2013). À travers une pratique multiple allant de l’image au texte, elle cherche à réinterpréter les espaces urbains et sociaux en y intégrant une perspective décoloniale. Sensible à la géographie des villes, des rues, des façades, elle trouve dans l’histoire du colonialisme « une grille de lecture qui prévaut parce qu’elle converge avec toutes les autres : c’est cette histoire qui a façonné tous nos rapports de genre, de classe et de race actuels. »

Au programme pour nos reporters en herbe ? Une balade urbaine au départ du 25, rue Saint-Ferréol, devant la banque LCL et la boutique Uniqlo où se trouve… le « coffre-fort de l’Empire »… Inauguré en 1919 et construit par l’architecte Henri Ebrard dans un style mêlant néobaroque et Art nouveau, le bâtiment a longtemps hébergé le siège de la Compagnie Algérienne, une institution financière majeure qui finançait la colonisation en Algérie. Au sous-sol de la boutique, nous découvrons alors la lourde porte blindée et les structures d’époque de l’ancien coffre-fort de la banque. Objectif pour Mariam : faire comprendre le rôle joué par Marseille dans l’expansion commerciale du XIXe siècle et comment ce passé a façonné le présent…

Direction la Canebière où les jeunes ont pu observer, juste en levant les yeux, la fresque du Palais de la Bourse où sont représentés des dromadaires, des éléphants, des Chinois avec des chapeaux pointus… Un tout en hommage à des navigateurs dont les expéditions ont ouvert la voie aux conquêtes coloniales…

« C’était génial car c’est de l’histoire en marchant, avec des archives, des visuels, de l’architecture, affirment de concert les jeunes. C’est beaucoup plus vivant et concret qu’un cours d’histoire classique. On comprend mieux ce qui nous relie toutes et tous en France ».

L’après-midi, direction le Mucem et sa nouvelle exposition permanente « Méditerranées ». De l’Antiquité gréco-latine à nos jours en passant par la période coloniale, celle-ci nous plonge dans l’histoire des « Méditerranées » plurielles et fantasmées. Une façon de conclure notre séjour, avec vue sur mer depuis le rooftop exceptionnel du Mucem…


Podcast et reportage vidéo à suivre…

Avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage


Genèse du Projet

A l’heure où les actes racistes et discriminatoires perdurent dans notre région et ailleurs, nous souhaitons rappeler, ici, combien il est essentiel de défendre les atouts de notre société plurielle. A l’image de la France et de son histoire, Avignon est une ville multiculturelle. Pour le rappeler et renforcer notre lutte contre toute forme de discrimination, nous avons souhaité lancer un premier cycle d’ateliers et de rencontres autour de l’histoire de l’esclavage et de la traite négrière, une thématique peu traitée dans la ville. Aucune commémoration n’est organisée à cet égard pendant le Mois des Mémoires du mois de mai.

Dans un territoire, le Vaucluse, fortement impacté par la banalisation des idées d’extrême droite, le racisme ordinaire et décomplexé, il est de notre devoir de redoubler d’efforts pour faire société, ensemble.

En acceptant nos différences comme nos contradictions, nous agissons avec les habitants pour faire vivre un lieu de proximité à vocation sociale, globale, familiale, qui accueille toute la population. Un lieu d’animation de la vie sociale permettant aux habitants de s’exprimer, de concevoir, et de réaliser leurs projets.

Dans cette lutte contre le racisme et toute forme de discrimination, nous affirmons que l’éducation doit faire partie de la réponse. Apprendre pour comprendre, pour s’émanciper.

L’éducation formelle tout d’abord; parce que nous sommes convaincus que l’enseignement scolaire est fondamental dans la construction des enfants et des adolescents, l’ESC de la Croix des Oiseaux, association reconnue complémentaire de l’enseignement public, accompagne ainsi des dizaines d’élèves dans leur scolarité.

L’éducation non formelle aussi; parce que nous défendons les principes de l’éducation populaire, l’ESC fait vivre des projets pédagogiques ambitieux, que ce soit dans nos ateliers d’apprentissage de la langue française, dans l’organisation de séjours, dans le développement de projets culturels et citoyens pour toutes et tous.

C’est pourquoi nous souhaitons nous engager dans un projet lié à la transmission de notre histoire commune : l’esclavage et la traite négrière. Afin de participer à la construction d’un récit national plus inclusif.


Une vérité qui dérange

Comment Marseille la vibrante, tournée vers ses horizons lointain et grand ouverte sur la mer, aurait-elle pu prendre part à l’ignoble commerce des esclaves noirs ? Loin des rivages antillais, loin des comptoirs africains, il semble difficile d’imaginer le port phocéen, ses armateurs et ses négociants embarqués dans de telles expéditions. Pourtant, à y regarder de plus près, entre la fin du XVIIe siècle et le milieu du XIXe siècle, près de 140 expéditions se sont bel et bien déroulés au départ des quais du Lacydon pour aller trafiquer des captifs sur les côtes du golfe de Guinée, d’Angola ou du Mozambique. L’historien Gilbert Buti nous rappelle qu’à la grande histoire tragique et douloureuse de la traite négrière s’enchevêtre, en filigrane, une histoire parallèle, plus modeste et méconnue certes, mais bien réelle : celle de quelque 25 000 âmes arrachées à leurs terres par des navires partis de Marseille et de Méditerranée pour grossir les rangs des esclaves de Saint-Domingue et des Mascareignes.

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