Retour sur la rencontre avec l’autrice Leïla Slimani dans le cadre du Festival d’Avignon.
Encadrés par Bouchra Harchaoui, médiatrice au Pôle Familles, et Florian Dacheux, coordinateur de la gazette Plume, Samira, Fatima et Carine ont assisté le 9 juillet à la rencontre avec l’autrice franco-marocaine Leïla Slimani dans le cadre du Café des Idées du Festival In d’Avignon dont l’édition 2025 promeut l’arabe comme langue invitée.
Interrogée par Olivia Gesbert de La Nouvelle Revue Française dans la cour du Cloître Saint-Louis, la lauréate du prix Goncourt (Chanson douce, Gallimard, 2016) a échangé autour de ses œuvres, ses combats et les enjeux contemporains qui les traversent.

Alors qu’elle vient de sortir en janvier chez Gallimard le dernier volet de sa trilogie Le pays des autres, intitulé J’emporterai le feu, dédié à l’histoire moderne du Maroc, Leïla Slimani s’est confié longuement face à un public venu en nombre. « J’ai commencé à écrire cette trilogie non pas pour savoir qui j’étais mais pour savoir ce que je suis devenu », affirme-t-elle. Comme beaucoup, elle n’a pas appris l’arabe étant enfant. Elle évoque une langue « devenue fantôme » tout en rappelant qu’elle est présente dans le français quotidien via une multitude de mots hérités tels que « kawa », « toubib », ou « seum ». « A mon arrivée en France, j’ai découvert les termes de beurre, d’arabe du coin. L’arabe du coin, c’est moi ? Je ne savais pas. Pourtant, dans le Sud de l’Europe par exemple, la culture arabe est partout, que ce soit à travers l’architecture, la gastronomie, les visages. Nous avons un terreau commun. » Alors qu’elle affirme regarder la nouvelle génération avec curiosité, elle s’adresse aux femmes : « n’ayez pas peur de déplaire, offrons-nous le droit d’être égoïstes ». Elle poursuit : « Je crois beaucoup en la pollinisation des cultures. Il est important que nous défendions ce qu’il y a de réjouissant, tout comme le fait d’aimer une langue qu’on nous a présenté comme effrayante et lointaine. » Consciente des dégâts de la colonisation, Leïla Slimani révèle que « ce sujet est aussi tabou dans les pays colonisés ». Selon elle, « il faut accepter la part d’irréparable ». « Bien évidemment, des injustices ne seront pas réparées. C’est pourquoi nous aimons tous Monte-Cristo car il nous venge tous. »

Au bout d’1h30 d’échanges, Leïla Slimani a quitté la scène pour rencontrer ses fans autour d’une séance de dédicaces de ses derniers romans. « C’était excellent, j’ai apprécié ses paroles, à la fois sur la nouvelle génération et l’ancien, témoigne Fatima. J’espère revoir d’autres femmes comme elle bientôt. Il faut prendre le temps pour ce genre de rencontre. » Au tour de Carine de rebondir : « J’aime beaucoup la lecture donc je vais voir si je peux emprunter son livre à la médiathèque. Son témoignage m’a beaucoup touché, que ce soit sur ses grands parents ou ses parents. Cela rappelle que l’on peut être Français et avoir en même temps une autre origine. Je m’y retrouve aussi car j’ai récemment eu la nationalité française. Longtemps, je ne me suis pas considérée en tant que Française. La double culture, c’est compliqué. Ecouter une personne qui nous dit que l’on peut vivre les deux et qu’on n’a pas à se justifier, ça fait du bien. Les gens doivent nous prendre comme nous sommes. On ne doit pas avoir honte. » Très touchée, Bouchra conclut : « Je n’ai pas le même parcours que Leïla Slimani mais j’ai eu les mêmes ressentis à l’adolescence. Moi aussi, à un moment dans ma vie, je ne me sentais ni Française ni Marocaine. On vous le fait ressentir quand vous n’avez pas les codes, le cadre. Je disais : je suis dans l’eau, je suis un poisson. Avec ce type de rencontre, je me dis que tout est possible. Cela encourage les personnes concernées à s’assumer. Il n’y a pas de type français. Nous sommes tous Français. De toutes nos racines, il faut en faire une force et une richesse, et non les gommer. »

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